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« L'Ademe » ou l'arbre de mon enfance
Nous sommes en train d'initier les fondations de la petite maison de l'un de mes garçons. Nous baignons sous un soleil tout aussi réconfortant que familier. Ce qui souligne bien le fait que je suis là où je suis né, là où j'ai vu le jour la première fois ; et cela, il y a bien longtemps ; - à l'époque où la forêt et le village, ensemble dansaient au son des tambours et tam-tams, se côtoyaient et se protégeaient en voisins responsables.
L'ambiance est détendue, conviviale; et à certains moments exubérante ; - les échanges tournant autour des souvenirs de réussite ou de bravoure. Et pendant que je m'imbibe de cette atmosphère, que je m'imprègne de cette ambiance familiale, mes pensées se promènent, s'éloignent quelque peu pour me revenir et ramener dans l'ensemble des souvenirs qui émergent, certaines images de mon village d'antan. Et c'est justement à ce moment opportun où images et souvenirs si douillets se rassemblent et m'envahissent que l'arbre de mon enfance qui, plus loin pointe ces deux cimes vers le ciel, m'invite de façon impromptue mais discrète, à la conversation. Ce sera en réalité et comme toujours, un monologue partagé. Alors je mets à disposition mon oreille et mon écoute pour saisir ce qui suit :
« Depuis que vous êtes là à manipuler pelles et pioches, je vous observe, je vous écoute ; sans mépris ni méprise ; car tu as toujours été mon ami ; - celui qui, de tout temps, a essayé de suivre mon parcours. Et ceci, depuis plus d'un demi-siècle. Tu t'es toujours intéressé à moi avec amour et compassion ; sans même savoir d'où je venais, et qui j'étais réellement.
« Et pendant tout ce temps j'ai pu habiter le village toujours en lisière de forêt. Aujourd'hui la forêt a disparu. Cependant tu as su faire l'impossible pour me conserver un microcosme d'environnement propice à ma survie, à mon épanouissement. Tous mes remerciements pour cette générosité si discrète, si efficace, et si attachante !
« J'ai grandi et je continue de croître ; - tu l'as certainement remarqué, et moi je le vis sans étonnement. Comme tu le constates, je bourgeonne toujours en hauteur. L'espace personnel, je l'acquiers de surcroît, sans batailler vraiment. Il faut penser à ces autres qui, autour de moi, ont besoin d'espace ; - nous sommes dépendants les uns des autres, lors je m'emploie à générer pour mes modestes voisins, ce que tu souhaites constamment pour moi : survie, et épanouissement !
« Tu es resté toi-même ; - toujours attentif et perspicace ; qu'il s'agisse du « lourd » du trivial ou de ce qui choque, tu aimes à faire émerger le drôle, le singulier, le significatif. Aussi surfes-tu allègrement avec tes faux ou vrais cousins, tes amis d'enfance, tes amis tout court. Tu as raison ; la vie est faite de tout, des bons et des méchants, du vrai et du faux. L'important reste d'avancer et de progresser ensemble, avec tout le monde en restant attentif à son environnement.
« Tu t'intéresses à moi par amour simplement ; les autres, pour leurs soins. Toi, si j'ai bonne mémoire, tu n'as qu'une seule fois réellement bénéficié de mes soins, et cela sans démarche préalable de ta part. Car incidemment, suite à un malentendu maquillé d'impondérables, je t'ai offert ma sève et mon écorce pour la méchante bosse que tu avais au-dessus du front, à la lisière de ta chevelure. Ta bosse, était comme je fus, de la lisière de la forêt, à observer le village ; elle, - ta bosse, de la « lisière » de ta chevelure, à observer l'environnement, et malheureusement aussi, à inquiéter l'entourage. Pour rester juste et objectif, je dirais que mes soins ont simplement consisté à préparer la voie au bistouri, à l'intervention du chirurgien. Et l'intervention s'est réalisée, si je me souviens bien, un début d'après-midi de printemps, dans la clinique Ste Geneviève. Et tu t'en es bien sorti ; et pourtant s'était du lourd !
« Comme je le soulignais tantôt, de ma lisière de la forêt, j'ai toujours observé le village. Mais la forêt a disparu à l'image de ta chevelure qui est devenue un tantinet broussaille, un tantinet grisaille. Tu commences à te dire comme le veut la tradition, que « ton avenir, c'est derrière » ; mais, moi, je me pose des questions. Car je ne suis pas fait pour une seule génération.
J'espère que tu pardonneras mon intrusion, car je n'étais pas invité au chantier. Avant de te quitter, permets-moi de te rappeler que notre histoire est longue ; aussi, je souhaite que tu la racontes... un jour ».
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